Le programme d’intervention de l’organisme Reno-Vie : au cœur d’une pratique complexe fondée sur le mode de vie.
Document réalisé par
Dany Boulanger
(M.S.S : Maître en service social)
À titre de consultant
Sherbrooke
09/02/2008
TABLE DES MATIÈRES
1) Brève
présentation de l’organisme Reno-Vie
2) Les
caractéristiques des «community hostel» :
3) Les modèles
d’intervention sollicités
5) Le processus
d’intervention dynamique au cœur des volets et des composantes du programme
L’organisme Reno-Vie porte comme mission la réinsertion sociale de sa clientèle, composée de personnes purgeant une partie de leur sentence pénale au sein de la communauté. Pour ce faire, l’organisme s’appuie sur son programme d’intervention. Ce dernier, qui s’inscrit en convergence à ceux des CRC et plus particulièrement des «community hostels» en Amérique du Nord, comporte un certain nombre de composantes. Il s’agit des modèles d’intervention que les intervenants coordonnent ou articulent en référence à un certain de leviers. Ceux-ci renvoient à l’approche, à l’idéologie de l’organisme ainsi qu’à son mode de vie. Ce type d’intervention, fondé sur l’articulation de plusieurs composantes, est jugé particulièrement efficace pour intervenir auprès d’une clientèle présentant des problématiques complexes et co-occurentes.
Ce texte a pour but de présenter le programme de Reno-Vie en identifiant ses composantes ainsi que la façon dont elles s’articulent entre elles. Dans un premier temps, nous présenterons brièvement l’organisme, en identifiant sa mission de même que les volets qui structurent son programme d’intervention. Dans un deuxième temps, nous contextualiserons le programme, en relevant les caractéristiques des Centre résidentiels communautaires (CRC). En nous appuyant sur la documentation américaine sur le sujet, nous nous référerons plus particulièrement aux «community hostels» dont les programmes s’apparentent à celui de Reno-Vie. Dans un troisième temps, nous exposerons la nature des modèles d’intervention sollicités par les intervenants de Reno-Vie et nous traduirons l’efficacité de ces modèles. Dans un quatrième temps, nous traiterons des modalités d’articulation de ces modèles entre eux, au regard d’un certain nombre de leviers ou de catalyseurs de l’intervention. Nous aborderons alors le rôle de l’approche, de l’idéologie et du mode de vie comme leviers. Dans un cinquième temps, nous montrerons comment se conjugue l’ensemble des composantes et des volets du programme au cœur d’un processus d’intervention dynamique, progressif et évolutif ayant pour finalité la réinsertion sociale de la clientèle.
En convergence avec ce que véhicule l’article 1 de la Loi sur le système correctionnel du Québec (Gouvernement du Québec, 2007), le programme d’intervention du CRC Reno-Vie poursuit comme mission la réinsertion sociale de sa clientèle en appui sur le principe de protection de la société. Dans cette optique, le programme cible les problèmes à la base des actes délictuels du client, afin d’arrêter et de prévenir la manifestation de ses délits. En intervenant sur l’ensemble des problématiques sous-jacentes à la manifestation des actes criminels de leur clientèle, les intervenants de Reno-Vie tendent à favoriser une réinsertion sociale progressive, globale et durable.
Les volets qui structurent le mode de vie de Reno-Vie permettent l’atteinte de cette mission et rendent compte des principes généraux énoncés et appliqués à cette fin. Le volet personnel désigne l’actualisation de soi comme processus de croissance favorisant, chez le client, la prise en charge de ses attitudes et comportements de manière autonome. Le volet social renvoie aux valeurs qu’adopte le client, aux normes et obligations sociales qu’il doit décoder et auxquelles il doit se conformer ainsi qu’au lien de participation et d’implication sociale qu’il doit entretenir afin de s’intégrer positivement à son milieu social. Le volet physique reflète, à un premier niveau, l’apparence dont il doit se préoccuper et le respect de l’environnement qu’il doit véhiculer. Il traduit, à un deuxième niveau, le cadre de vie qui structure son rapport au temps et à l’espace et qui forge chez lui les valeurs de respect et de responsabilité sociale.
Ces volets constituent des zones d’intervention ciblées par les intervenants de Reno-Vie dans le cadre de la mise en œuvre de leur programme. Celui-ci comporte un certain nombre de composantes qui s’articulent entre elles et qui permettent la réalisation de la mission de l’organisme. Comme dans le cas de toute pratique, ce programme comporte comme composantes des modèles, une approche, une idéologie ainsi que d’autres leviers tels que le mode de vie. Ces composantes s’articulent de façon dynamique et leurs effets synergiques permettent aux intervenants d’agir sur l’ensemble des sphères ou des volets de leur programme dans le cadre d’un processus de réinsertion sociale.
Les community hostels, tels qu’on les retrouve principalement en Amérique du Nord, s’apparentent à plusieurs égards aux Centres résidentiels communautaires québécois. Ils comportent une structure organisationnelle fort apparentée, partagent la même mission, ciblent la même clientèle et leur programme d’intervention s’appuient sur les mêmes fondements. C’est ce que nous a permis de constater le survol des programmes d’une dizaine de CRC au Québec que nous avons comparés aux «community hostels». Si les «community hostels» peuvent s’apparenter aux maisons de transition, telles qu’on les rencontre au Québec, leur ancrage et leur mission communautaire de même que la flexibilité de leur intervention les situent plus près des Centres résidentiels communautaires. En fait, ils partagent de façon particulière des caractéristiques communes à celles de l’organisme Reno-Vie.
Les «community hostels» ont pour mission la réinsertion sociale des ex-détenus purgeant une partie de leur sentence au sein de la communauté (Geelan, Griffin, Briscole et Haque, 2000). Ils poursuivent plus spécifiquement comme finalités la modification des comportements des ex-détenus, l’adaptation de ces derniers à la société, leur intégration à la communauté, l’établissement de relations sociales positives ainsi que leur développement personnel (Wozner et Arad-Davidson, 1994). Leur clientèle rencontre principalement des problématiques de criminalité, de santé mentale et de dépendance à l’alcool ou à des produits illicites.
Par sa flexibilité, le programme d’intervention de ces organismes permet de répondre à la complexité et à la multiplicité des problèmes rencontrés par leur clientèle. Cette flexibilité se traduit par le recours à plusieurs modèles d’intervention qui s’intègrent et qui s’articulent entre eux au cœur de l’intervention (Wozner et Arad-Davidson, 1994). L’articulation de plusieurs modèles permet d’intervenir sous des angles variés et de répondre à plusieurs objectifs d’intervention. Cette façon d’intervenir s’inscrit au cœur des approches éclectiques promues notamment par Santé Canada (Santé Canada, 2008).
Le mode de vie constitue l’un des leviers principaux qui fondent les pratiques des «community hostels» et qui permet de canaliser l’effet de plusieurs modèles d’intervention (Wozner et Arad-Davidson, 1994). Selon ces auteurs, le mode de vie fournit une structure temporelle et spatiale au client, le situe dans l’«ici et maintenant» et favorise chez lui le décodage des normes sociales, décodage essentiel à son adaptation sociale. Les «community hostels» s’inscrivent en réseau avec les organismes de leur milieu d’implantation, ce qui favorise la continuité des services offerts aux clients et ce qui soutient alors son intégration sociale. Outre la mission et la clientèle des «community hostels», le recours au mode de vie, le réseautage des services offerts au client et l’articulation dynamique de plusieurs modèles d’intervention caractérisent aussi le programme de Reno-Vie.
Dans le cadre du programme de Reno-Vie, les intervenants ont recours à quatre principaux modèles d’intervention, à savoir le modèle communautaire, le modèle systémique, le modèle centré sur la résolution de problèmes et le «modèle des AA». Un modèle se différencie d’une approche (Du Ranquet, 1991). L’approche renvoie à la grille de lecture ou aux théories auxquelles se réfère l’intervenant. Les modèles permettent d’appliquer ces approches, en fournissant à l’intervenant un certain nombre d’outils ou de méthodes d’intervention. La façon dont sont utilisés ces outils dépend de l’approche préconisée par l’intervenant. En ce sens, l’approche fournit une orientation centrale à l’intervenant et structure de manière particulière le recours aux modèles d’intervention (Vatz Laaroussi, 2003).
Chaque modèle d’intervention peut être appliqué à divers types de clientèle, peut répondre à des problématiques variées et servir plusieurs objectifs. Toutefois, les modèles possèdent leurs caractéristiques propres. Elles fournissent ainsi un outillage spécifique à l’intervenant, lui permettent d’intervenir sous des angles particuliers et favorisent l’atteinte de certains buts (Vatz Laaroussi, 2003).
Le modèle communautaire permet à l’intervenant d’agir sur les dimensions communautaires à la base des problèmes que rencontre l’individu. Il cible plus particulièrement ses conditions de vie, la qualité des ressources de son quartier et la nature des rapports sociaux qu’il entretient au sein de sa communauté. L’intervention s’appuyant sur ce modèle vise particulièrement l’intégration ou l’insertion de l’individu à son milieu. La rencontre de cet objectif implique pour l’intervenant d’établir des liens durables et dynamiques avec les organismes et les institutions du milieu, de favoriser un maillage des ressources communautaires et d’encourager l’implication de l’individu à la vie de quartier. Ce modèle permet d’intervenir de manière globale et durable sur des problématiques complexes, telles que la criminalité et la délinquance (Laprise et Payette, 2002; Lamoureux, Lavoie, Mayer et Panet-Raymond, 2002).
Le modèle systémique s’apparente au modèle communautaire au sens où il cible les dimensions sociales au fondement des comportements de l’individu. Il permet de compléter le modèle communautaire, au sens où l’angle d’analyse, plus étroit, porte sur la nature des réseaux ou des systèmes relationnels auxquels appartient l’individu. La logique sous-jacente au modèle systémique veut que les comportements délinquants constituent l’expression des dysfonctionnements caractérisant un réseau ou un système relationnel comme la famille (Van Caloen et Côté, 2006). Il s’agit d’un modèle ou d’une stratégie privilégié par le Ministère de la santé et des services sociaux, dans le cadre, notamment, du Programme national de santé publique (Ministère de la santé et des services sociaux, 2003).
En recourrant à ce modèle, l’intervenant est en mesure de situer l’individu au cœur de son environnement social et ainsi de relever les facteurs sociaux qui expliquent ses problèmes tout en identifiant des facteurs favorisant son adaptation sociale. L’individu, engagé dans un processus d’exploration de son environnement social, est à même de comprendre la nature de ses relations sociales, la qualité de ses fréquentations, la place qu’il occupe dans ses réseaux sociaux et la façon dont il est influencé par les autres. Il peut, sur cette base, comprendre l’origine sociale de ses comportements et procéder à des changements au plan de ses rapports sociaux. Ce modèle est particulièrement efficace auprès d’une clientèle présentant des problématiques de santé mentale, de délinquance ou de dépendance (Davis, 1980; Elkaïm, 1995). En effet, le fait d’intervenir sur les systèmes d’appartenance de l’individu et de modifier ses rapports sociaux permet de réorienter ses comportements et favorise son intégration sociale. Les réseaux relationnels de l’individu constituent un facteur de protection permettant de contrer l’effet des stresseurs et des facteurs de risque qui sont à la base des problématiques auxquelles nous faisions allusion (Guay, 2002).
Si ce modèle ainsi que le précédant mettent l’accent sur les aspects sociaux à la base des comportements de l’individu, le modèle centré sur la résolution de problèmes cible de manière plus pointue le problème de l’individu en soulevant l’ensemble de ses composantes. Ce sont les carences que rencontre l’individu ou celles présentes dans son environnement social qui font l’objet de l’intervention. L’intervenant recourrant à ce modèle procède, de paire avec le client, à l’identification des causes de ce problème, des facteurs qui entourent son expression et à ce qui en permet la résolution (Du Ranquet, 1991). L’application des solutions identifiées en intervention implique pour l’intervenant et pour le client d’identifier ensemble un certain nombre d’objectifs et de buts qui favorisent la motivation de ce client ainsi que sa mobilisation.
Au terme de ses finalités, ce modèle est particulièrement associé à la prise de conscience, par le client, des impacts de ses comportements et à la modification de ceux qui contraignent son adaptation, son insertion ou sa réinsertion sociale de même que son intégration à la société. Ce modèle est souvent utilisé pour intervenir auprès d’une clientèle manifestant des troubles externalisés (le fait de poser des délits par exemple), dans la mesure où il engage rapidement un changement de leur part (Du Ranquet, 1991).
Le modèle utilisé dans le cadre du programme des Alcooliques Anonymes (AA) s’inscrit dans une logique voisine. En effet, il suscite la résolution de problèmes par des prises de conscience, par des mises à distance, par la mobilisation de l’individu et par un processus par lequel il prend en charge ses responsabilités et gagne de l’autonomie.
Si certains voient les AA comme une philosophie ou comme un mouvement, d’autres le définissent davantage comme un modèle d’intervention largement sollicité dans le cadre d’interventions cliniques (Csiernik, 1999). Il est utilisé auprès de personnes présentant des problèmes de dépendance de nature variée et pouvant manifester, concomitamment, d’autres problématiques liées par exemple au domaine de la santé mentale ou de la criminalité (Haller, 1998).
Ce modèle est jugé parmi les plus efficaces, sinon le plus efficace auprès de cette clientèle (Robinson, 1996). Des résultats de recherche portant sur l’évaluation d’interventions recourrant à ce modèle montrent en quoi ce dernier est associé à la cessation de la consommation d’alcool et de substances illicites, au maintien de l’abstinence à travers le temps et au traitement de problèmes de santé mentale ou de criminalité (Bazemore et Cruze, 1993; Robinson, 1996; Csiernik, 1999; Bogenschutz, 2005). Il permet à l’individu de prendre conscience de ses difficultés et d’engager des rapports sociaux constructifs :
In this definition the capacity to accept reality [surrender] must not be conceived of in a passive sense but in the active sense of reality being a place where one can live and function as a person aknowledging one’s responsibilities and feeling free to make that reality more livable for oneself and others. (Robinson, 1996, p. 132, suivant Tiebout, 1994, p. 54).
Dans son histoire, le modèle des AA est de plus en plus utilisé concomitamment avec d’autres modèles qui permettent de le compléter et d’enrichir ses impacts, pensons particulièrement au modèle systémique (Davis, 1980). Les problématiques complexes et multiples que rencontre la clientèle des AA nécessite l’articulation, par l’intervenant, de tels modèles, ceci afin d’intervenir sous des angles variés (Robinson, 1996). L’articulation de plusieurs modèles, comme ceux qu’utilisent les intervenants de Reno-Vie, constitue le mode d’intervention le plus efficace en matière de modification de comportements et favorise l’insertion ou la réinsertion sociale de ce type de clientèle (Csiernik, 1999).
Les intervenants de Reno-Vie utilisent ces modèles dans une finalité de réinsertion sociale et dans le but d’agir sur les problématiques complexes que rencontre sa clientèle. Pour articuler ces modèles avec cohérence, l’intervenant doit recourir à certains leviers ou catalyseurs, pensons à son approche ou à l’idéologie qu’il véhicule (Vatz Laaroussi, 2003). Dans le cas de Reno-Vie, trois principaux catalyseurs permettent l’articulation de ces modèles. Il s’agit de leur approche humaniste, de leur orientation spirituelle ainsi que du mode de vie. Comme nous le mentionnions, ces leviers fournissent une orientation à l’intervention et structurent l’usage des modèles d’intervention.
Le mouvement des AA puise au coeur l’approche humaniste, dont il s’approprie les principaux fondements (Robinson, 1996). Les tenants de cette approche portent la croyance en la capacité d’actualisation et d’auto-détermination de l’individu (Rogers et Kinget, 1976). Les problèmes qu’il rencontre traduisent essentiellement un écart entre ses besoins et son expérience individuelle ou sociale. Par les événements qui caractérisent sa trajectoire, l’individu a été amené par exemple à vivre des expériences, à faire des choix et à adopter des rôles qui se posent comme des obstacles à son processus de croissance. Dans cette logique, les comportements criminels sont motivés par exemple par des blessures personnelles ou par la nature des fréquentations de l’individu, sans traduire ses motivations intrinsèques.
Cette approche catalyse le changement autour du processus d’auto-détermination de l’individu et en appui sur ses motivations et ses forces. Cette approche fournit une orientation à l’intervention effectuée à Reno-Vie et guide le recours aux modèles d’intervention. Comme nous le mentionnions, les modèles utilisés par les intervenants de Reno-Vie permettent de circonscrire le problème du client sous des angles variés (la participation communautaire, les réseaux sociaux de l’individu, ses carences individuelles ou sociales, ses dépendances, etc), d’engager un changement rapide, significatif et durable ainsi que de favoriser son insertion ou sa réinsertion sociale.
Ces finalités ou ces objectifs et la façon de les réaliser répondent à une perspective humaniste, en s’appuyant sur le processus d’actualisation de soi du client. En ce sens, l’analyse des problèmes de l’individu, la modification de ses comportements et sa réinsertion sociale passent par l’exploration des besoins, des motivations et du processus d’actualisation du client, engagé dans un processus d’appropriation de son expérience individuelle et sociale. Les modèles d’intervention servent cette orientation humaniste. Par exemple, les outils fournis par le modèle systémique permettront à l’individu d’explorer la nature des relations sociales qui entravent son processus de croissance ou d’actualisation et de bâtir des rapports sociaux qui soient plus constructifs à la fois au plan personnel et au plan social. Le modèle communautaire procède d’une même logique en suscitant l’implication de l’individu dans son milieu, implication lui permettant d’assouvir ses besoins personnels et sociaux. Dans une perspective humaniste, le modèle des AA est utilisé en intervention clinique et les douze étapes qu’il propose encadrent et nourrissent les réflexions que porte l’individu à l’égard de ses comportements et de ses choix. Le modèle centré sur la résolution de problèmes amène l’individu à modifier les comportements qui nuisent à son adaptation sociale et à la qualité de son intégration à la société. L’individu est ainsi amené à changer ce qui fait obstacle à son développement personnel ainsi qu’à son adaptation sociale.
Les modèles utilisés par les intervenants de Reno-Vie leur fournissent donc un outillage favorable à la réinsertion sociale et la résolution des problèmes multiples que rencontre sa clientèle, en appui sur une approche humaniste. L’intervention est aussi orientée par une certaine idéologie que véhicule un organisme et ses intervenants (Vatz Laaroussi, 2003). Les intervenants de Reno-Vie s’appuient sur une idéologie spirituelle. Leur intervention n’est pas structurée autour d’une religion particulière et de ses rituels, mais tend plutôt à nourrir un cheminement spirituel chez le client. Des recherches américaines récentes ont démontré en quoi un tel cheminement est associé à la réduction de la consommation d’alcool ou de substances illicites et favorise la résolution des problèmes que rencontre cette clientèle (Murray, Malcarne et Goggin, 2003). Cette idéologie s’inscrit en cohérence avec les fondements de l’approche humaniste et du modèle des AA (Haller, 1998). Les intervenants de Reno-Vie utilisent la méthode du «24 heures», consistant essentiellement à susciter des prises de conscience de nature spirituelle et à engager des réflexions au regard des problématiques que rencontre sa clientèle. Le mode de vie constitue également un catalyseur important par l’entremise duquel se concrétisent les orientations de l’organisme (humaniste et spirituelle) et se réalisent ses finalités (la réinsertion et l’intégration sociale du client) ainsi que ses objectifs (modification des comportements, résolution de problèmes, etc).
Le mode de vie, qui constitue le principal levier sollicité par les CRC ou plus spécifiquement par les Community Hostels, permet au client de prendre en charge ses responsabilités et de développer les compétences sociales essentielles à son adaptation sociale (Geelan, Griffin, Briscole et Haque, 2000; Wozner et Arad-Davidson, 1994). Le mode vie favorise cette prise en charge, dans la mesure où il inscrit le client dans une routine structurante, où il favorise des apprentissages multiples ainsi que le décodage et le respect des normes sociales. Ce mode de vie catalyse les changements effectués en intervention clinique.
Chez Reno-Vie, le mode de vie permet en ce sens au client de mettre en pratique et d’expérimenter les changements de comportements et d’attitudes amorcés en intervention. Le mode de vie favorise ainsi la réalisation des objectifs ciblés en intervention. Par exemple, les solutions identifiées en intervention grâce au modèle centré sur la résolution de problèmes peuvent être appliquées et expérimentées au quotidien dans le cadre du mode de vie de l’organisme. Le mode de vie permet aussi de nourrir le processus d’actualisation de soi du client, au sens où il l’amène à évaluer les effets de ses conduites et la satisfaction qu’il en retire.
Les interactions entre les clients sont restreintes, au sens où ces derniers ne peuvent partager entre eux la nature de leur cheminement respectif. Cette caractéristique du mode de vie de Reno-Vie s’inscrit en accord avec son orientation humaniste. Chaque client est appelé à se centrer sur son propre cheminement. Dans une logique humaniste, le fait de se retirer de ses pairs favorise, chez l’individu, le déploiement d’un processus de mise à distance à l’égard de ses problèmes. Par ailleurs, cette pratique permet d’éviter la mise en œuvre d’un processus d’influence sociale entre les clients issus du milieu criminalisé, processus associé au renforcement de leur conduite criminelle.
La structure et le sentiment de sécurité que procure le mode de vie permettent au client de déployer de manière autonome le cheminement personnel amorcé en intervention et de réaliser les changements de comportements conformes à ses objectifs. Le fait, pour les intervenants de Reno-Vie, de coordonner leur action mutuelle de manière cohésive permet aussi de sécuriser le client, de l’encadrer et de structurer son processus de modification de comportement et plus largement de réinsertion sociale. Les intervenants s’inscrivent aussi en réseau avec des organismes du milieu, afin de favoriser la réinsertion sociale du client, en respect et en appui sur ses propres objectifs.
L’idéologie, l’approche, les modèles et le mode de vie constituent les composantes clées du programme d’intervention de Reno-Vie. Ces composantes, telles qu’elles se conjuguent au cœur de l’intervention, permettent de remplir la mission de l’organisme qui consiste en la réinsertion sociale de sa clientèle.
Le mode de vie sert non seulement les finalités de l’organisme ainsi que sa mission, mais permet de rejoindre les grands volets du programme. Comme nous le mentionnions, ces volets sont d’ordre personnel, social et physique. Toutes les composantes de l’intervention (modèles, approche, idéologie, mode de vie) s’orientent autour de ces volets ou de ces zones d’intervention. Le processus d’intervention rend compte de l’arrimage entre ces volets et de l’arrimage entre les composantes de l’intervention (Vatz Laaroussi, 2003).
Chez Reno-Vie, comme c’est le cas au sein des programmes des «community hostels» (Wozner et Arad-Davidson, 1994), le processus d’intervention agit de façon progressive et évolutive. Dans un premier temps, le client est appelé à identifier son problème et à cerner en quoi ce problème contraint son processus d’actualisation. Dans un deuxième temps, il procède à l’analyse complexe de sa situation et fixe des objectifs de changement. Dans un troisième temps, il expérimente ces changements, par l’entremise, principalement, du mode de vie. La distance qu’il acquière à l’égard de ses conduites et de ses réseaux d’influence de même que les apprentissages qu’il réalise sont vecteurs d’une ouverture de l’individu à l’égard de la société et de ses normes. Les gains qu’il a réalisés lui permettent, dans un quatrième temps, de s’impliquer socialement et de mettre en œuvre des comportements socialement acceptables dans l’optique de se réinsérer socialement.
Le cheminement du client opère de manière interactive et progressive à l’intersection des volets de l’organisme. Ce cheminement est dit interactif au sens où chacune des dimensions visées s’intègre mutuellement au terme du projet que définit et met en œuvre le client par l’entremise de son contrat[1]. Ainsi, la prise de conscience des effets et des sources de son problème lui permet de faire le point sur ses attitudes et comportements et d’envisager des façons d’entrer en relation qui s’avèrent socialement acceptables (volet personnel). Le fait de mettre ainsi en perspective ses attitudes et comportements lui permet d’être réceptif aux normes et aux valeurs (volet social). Le mode de vie, qui vise à fournir une structure (notamment, le volet physique), à faire respecter des règles quotidiennes et à amener le client à organiser des activités sociales qui répondent à l’ensemble de ses besoins personnels et sociaux, permet d’actualiser ces normes et valeurs dans l’immédiat pour ensuite favoriser leur appropriation de manière durable. Ainsi, se conjuguent l’axe personnel (par le cheminement personnel du client), l’axe social (par la réflexion sur ses relations sociales) et l’axe physique (par la routine qu’il intègre et par les normes sociales qu’il s’approprie).
L’approche humaniste et l’idéologie spirituelle sont particulièrement associées à l’axe personnel, alors que le mode de vie et les modèles utilisés relèvent de l’axe social de même que de l’axe physique. Toutefois, ce découpage n’est pas aussi simple. Comme nous le mentionnions en effet, chaque composante de l’intervention (approche, idéologie, modèles) favorise la résolution du problème du client et c’est au regard de leur articulation dynamique et de leur effet synergique que peuvent être remplies les finalités de l’intervention dans une perspective durable (Wozner et Arad-Davidson, 1994; Vatz Laaroussi, 2003).
Cette articulation complexe de l’intervention est utilisée dans le cadre des CRC ou plus spécifiquement des «community Hostels» et est jugée probante pour intervenir auprès d’une clientèle présentant des problématiques de dépendance, de criminalité, de santé mentale ainsi que chez les ex-détenus ayant commis des actes d’abus sexuels (Wing, 1998; Wozner et Arad-Davidson, 1994).
Le cheminement amorcé à Reno-Vie se poursuivra par des intervenants de d’autres milieux ou de d’autres réseaux, pensons par exemple aux travailleurs sociaux du réseau de la santé et des services sociaux. Le fait que le problème ait été circonscrit et qu’un processus de modification de comportements et de réinsertion sociale ait été amorcé permet d’orienter le client vers des services complémentaires adéquats et d’articuler ces différents services autour de ce problème et de ce processus. Le problème ainsi ciblé pourra être travaillé sous des angles différents mais complémentaire et cohérent par d’autres intervenants. Cette continuité des services est largement reconnue au plan ministériel comme une condition de succès des interventions (Lamoureux, Lavoie, Mayer et Panet-Raymond, 2002).
En sommes, le programme d’intervention de l’organisme Reno-Vie partage des caractéristiques communes à celui des «community hostels», implantés en Amérique du Nord. Ils ont principalement en commun de recourir à une pratique complexe, fondée sur une articulation cohérente, souple et dynamique de plusieurs modèles d’intervention. C’est parce qu’elle prend appui sur un certain de leviers (approches, idéologie, mode de vie) que cette pratique est jugée efficiente et efficace. Le programme, tel qu’il se déploie, permet ainsi de répondre à une finalité de réinsertion sociale, tout en agissant sur les problématiques complexes qui font, au départ, obstacle à cette même réinsertion sociale. Dans le contexte actuel de restructuration des services offerts aux personnes ayant commis des actes criminels, le programme de Reno-Vie se veut une réponse à la nécessité d’intervenir de façon complexe, efficace et sur une courte période de temps.
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[1] Dans les premiers jours suivants son accueil, le client remplit un contrat qui comporte des objectifs et des moyens permettant de les atteindre.